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Guide Publié le 11/07/2026 5 min de lecture

Recrutement saisonnier étranger : le cadre légal

Embaucher un saisonnier étranger dans un domaine viticole — pour les vendanges en Champagne, la taille en guyot en Bourgogne ou l'effeuillage en Alsace — implique des obligations légales précises. Ce guide présente les principales règles applicables : contrat, déclaration, visa et sanctions. Il ne remplace pas un conseil juridique personnalisé.

Ressortissants UE/EEE : une procédure simplifiée

Un citoyen européen (Union européenne, Espace économique européen ou Suisse) peut travailler en France sans autorisation de travail préalable. La libre circulation des travailleurs s'applique pleinement, qu'il vienne de Pologne, du Portugal, de Roumanie ou d'Espagne.

Le domaine doit néanmoins respecter les mêmes obligations d'embauche que pour un salarié français :

  • Établissement d'un contrat de travail saisonnier écrit en français
  • Réalisation de la DPAE (Déclaration Préalable À l'Embauche) auprès de l'URSSAF, au plus tard la veille de la prise de poste
  • Vérification de l'identité via un titre d'identité ou passeport en cours de validité

Le TESA agricole (Titre Emploi Simplifié Agricole), géré par la MSA, permet de regrouper en une seule formalité la DPAE, le contrat, la déclaration de salaire et la fiche de paie. Il est vivement recommandé pour les petites structures viticoles.

Ressortissants hors UE : visa et autorisation de travail

Le visa de travail saisonnier

Un ressortissant hors Union européenne (Maroc, Tunisie, Sénégal, Ukraine, etc.) doit disposer d'un visa de travail saisonnier avant d'entrer sur le territoire français. Ce visa est délivré par l'ambassade ou le consulat français dans le pays d'origine du travailleur.

La procédure implique généralement :

  1. La signature préalable d'un contrat de travail saisonnier visé par l'employeur
  2. La transmission du contrat à la DREETS (Direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités) pour instruction
  3. L'intervention de l'OFII (Office Français de l'Immigration et de l'Intégration) pour valider l'introduction du travailleur
  4. La délivrance du visa par le consulat

Le rôle de l'OFII

L'OFII est l'organisme public chargé de l'introduction légale des travailleurs étrangers saisonniers en France. Il vérifie la conformité du contrat, s'assure que le salaire proposé correspond au moins au SMIC ou à la grille conventionnelle agricole, et organise la visite médicale obligatoire du salarié.

Le domaine employeur prend en charge les frais de voyage aller-retour du travailleur introduit via l'OFII, ainsi que les frais d'hébergement si le travailleur est logé sur l'exploitation. Ces conditions doivent figurer dans le contrat.

Accords bilatéraux et cas particuliers

La France a conclu des accords de main-d'œuvre agricole avec plusieurs pays, notamment le Maroc et la Tunisie. Ces accords facilitent la procédure annuelle pour les travailleurs qui reviennent plusieurs saisons de suite chez le même employeur. Le renouvellement est alors allégé si le domaine respecte ses obligations.

Le contrat saisonnier agricole : mentions obligatoires

Le contrat de travail saisonnier, qu'il s'agisse d'un CDD saisonnier régi par la convention collective nationale de la production agricole, doit comporter :

  • L'identité complète des deux parties et la nationalité du salarié
  • La nature du poste : coupeur, porteur, tractoriste, opérateur en chai…
  • La durée de la mission et les dates précises (début/fin)
  • La rémunération brute et le nombre d'heures hebdomadaires
  • Le lieu de travail (commune, appellation, domaine)
  • Les conditions de logement si applicable

Pour les travailleurs hors UE introduits via l'OFII, le contrat doit être rédigé en français et traduit dans la langue du salarié, ou au moins signé en présence d'un interprète selon la réglementation consulaire applicable.

TESA agricole : l'outil central pour les domaines viticoles

Le TESA agricole est proposé par la MSA (Mutualité Sociale Agricole) à tout employeur relevant du régime agricole. Il simplifie considérablement la gestion administrative des saisonniers, y compris étrangers.

Une seule démarche en ligne permet de :

  • Effectuer la DPAE
  • Générer le contrat de travail
  • Calculer et déclarer les cotisations sociales MSA
  • Produire le bulletin de salaire

Le TESA est utilisable pour les CDD saisonniers agricoles dont la durée n'excède pas 3 mois consécutifs. Au-delà, un contrat classique s'impose. Il est compatible avec le recrutement de ressortissants UE et peut être utilisé en complément de la procédure OFII pour les hors-UE.

Pôle Emploi et la priorité nationale à l'embauche

Pour les ressortissants hors UE, l'employeur doit en principe justifier d'une recherche préalable infructueuse de candidats sur le marché du travail français ou européen. Cette condition est examinée par la DREETS lors de l'instruction du dossier OFII.

En pratique, cela signifie que le domaine doit avoir déposé une offre d'emploi auprès de France Travail (ex-Pôle Emploi) pendant un délai minimum (généralement 3 semaines) avant de solliciter l'introduction d'un travailleur étranger hors UE. La preuve du dépôt et du résultat négatif doit être conservée.

Cette démarche est allégée ou supprimée dans le cadre des accords bilatéraux et pour les renouvellements de contrats auprès du même employeur.

Travail dissimulé : risques et sanctions

L'emploi d'un saisonnier étranger sans DPAE, sans contrat ou sans titre de séjour valide constitue du travail dissimulé, passible de sanctions sévères pour le donneur d'ordre.

Les principales sanctions encourues :

  • Amende administrative : jusqu'à 15 000 € par salarié concerné (personne physique) ou 75 000 € pour une personne morale
  • Peine d'emprisonnement : jusqu'à 3 ans pour délit de travail dissimulé
  • Remboursement des aides publiques perçues (exonérations de charges MSA, subventions)
  • Interdiction de participer aux marchés publics pendant 5 ans
  • Solidarité financière avec le salarié pour le paiement des cotisations sociales dues

L'inspection du travail et les services de l'URSSAF effectuent des contrôles réguliers pendant les périodes de vendanges, notamment dans les grandes appellations (Bordeaux, Languedoc, Rhône, Provence). La présence de travailleurs sans documents en règle expose immédiatement le domaine.

Points clés

  • Les ressortissants UE/EEE ne nécessitent pas d'autorisation de travail : DPAE et contrat suffisent.
  • Les ressortissants hors UE doivent disposer d'un visa de travail saisonnier obtenu avant l'entrée en France, via la procédure OFII.
  • Le TESA agricole MSA regroupe DPAE, contrat et paie en une seule formalité, recommandé pour toute exploitation viticole.
  • Une offre France Travail préalable est exigée pour justifier du recours à un travailleur hors UE.
  • Les accords bilatéraux (Maroc, Tunisie notamment) facilitent le renouvellement annuel pour les travailleurs fidèles à un même domaine.
  • Le travail dissimulé expose à des amendes jusqu'à 75 000 € et à des peines d'emprisonnement : aucun domaine n'est à l'abri d'un contrôle en période de récolte.

Questions fréquentes

Un coupeur marocain peut-il commencer les vendanges dès son arrivée en France ?

Non. Il doit avoir obtenu son visa de travail saisonnier avant d'entrer sur le territoire. Le contrat doit être validé par la DREETS et l'OFII en amont. Faire commencer un salarié hors UE sans visa valide constitue un emploi illégal d'étranger, passible de sanctions pénales et financières.

Le TESA agricole est-il utilisable pour tous les saisonniers étrangers ?

Le TESA est utilisable pour les ressortissants UE/EEE sans restriction. Pour les ressortissants hors UE, il peut être utilisé après que la procédure OFII a abouti et que le salarié est en situation régulière de travail en France. Il ne remplace pas les démarches d'introduction.

Que se passe-t-il si un saisonnier étranger prolonge son séjour après la fin du contrat ?

La responsabilité du domaine employeur s'arrête à l'issue du contrat, à condition que toutes les obligations (contrat, DPAE, déclarations MSA) aient été respectées. En revanche, si l'employeur a facilité un maintien irrégulier ou n'a pas signalé la fin de contrat à l'OFII selon les termes convenus, il peut être mis en cause. Il est recommandé de conserver tous les documents contractuels pendant au moins 5 ans.

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